Les principales pathologies du bâtiment pouvant découler d'interfaces mal maîtrisées

Le secteur du bâtiment et des travaux publics subit un certain paradoxe en matière de qualité de construction. En effet, malgré des solutions techniques toujours plus performantes et des constructions aux certifications RT2012, des pathologies concernant le bâtiment, réalisé ou rénové, ne cessent de polluer les objectifs de la maîtrise d’ouvrage. À ce sujet, l’Agence Qualité Construction (AQC), dont l’objectif est principalement de prévenir les désordres dans la filière bâtiment, fait apparaître que de nombreuses pathologies sont issues de la mauvaise, voire de l’absence, de gestion des interfaces sur un projet de construction. Le constat est simple : plus le bâtiment est performant sur le plan énergétique, plus les interfaces, techniques ou autres se multiplient et de nouveaux désordres ou dysfonctionnements sont identifiés. Par conséquent, avoir conscience de cette problématique intrinsèque à chaque réalisation permet aux spécialistes du bâtiment d’améliorer leurs performances.


Les interfaces : premières sources des désordres dans le secteur du BTP


Mise à part de la qualité des matériaux de construction, les pathologies dépendent directement des acteurs du bâtiment et tous les professionnels intervenant de près ou de loin. Cela concerne leurs actions propres, mais aussi leurs inactions du fait de certains conflits qui peuvent survenir entre eux.


Que sont les interfaces dans les travaux de construction d’un bâtiment ?


Une interface est l’association des interventions de différentes entreprises du bâtiment sur un même ouvrage, lors d’une réalisation technique collective ou dans un but commun. À des degrés divers, ces interfaces sont présentes lors de toutes les phases d’une opération de construction (avant-projet sommaire et définitif, permis de construire, consultation des entreprises, plans d’exécution…) et concernent quasiment tous les intervenants sur le projet (bureaux d’études, artisans du bâtiments, sous-traitants…).


Exemple d’interfaces : les fondations et le sol


Pour les projets de construction de type logements collectifs, l’apparition de fissures est la manifestation la plus courante d’un défaut d’interfaces entre sol et sous-sol d’une part et le gros œuvre et les fondations d’autre part. En effet, les métiers du bâtiment concernés à ce stade de la construction sont nombreux. Outre les différentes administrations qui délivrent des informations et les concepteurs du projet, le bureau d’étude géotechnique, le géomètre, l’entreprise de terrassement, le maçon et d’autres professionnels du bâtiment encore sont impliqués dans cette phase de travaux. Par conséquent, les pathologies peuvent provenir de différentes actions : un mauvais bornage, une erreur d’approche des caractéristiques des sols, une mauvaise collecte de données, une défaillance dans la communication, une faute dans le calcul des mesures…


La prévention des risques liés aux interfaces de construction


Les métiers du BTP tentent de mettre en place de bonnes pratiques pour prévenir l’apparition de chacun des désordres les plus courants. Pour ce faire, l’AQC met chaque année au point des fiches pratiques pour tous les corps d’état : fondations, gros œuvre, charpentes, revêtements, ventilation, isolation thermique, assainissement… 

En outre, la justesse de l’information qui circule ainsi que la qualité des moyens de communication ont tout autant leur part de responsabilité quant à l’apparition des difficultés.


Les pathologies les plus importantes du bâtiment 


Faire l’inventaire des risques et développer une bonne connaissance des pathologies sont des pratiques très utiles à plusieurs titres. Outre de calculer leur impact sur le coût de l’ouvrage bâti, cela permet d’anticiper les sinistres et déterminer un plan d’action efficace. 


62% sont des défauts d’étanchéité  


Avec une évolution de 60% en 2016 à 62% en 2019, le défaut d’étanchéité à l’eau, qu’il s’agisse de maisons individuelles ou de logements collectifs, est une pathologie du bâtiment qui ne cesse de croitre. Elle se manifeste le plus souvent à cause d’infiltrations au droit de points singuliers des couvertures en tuiles et/ou des jonctions entre structure et balcon, ou encore au niveau des fissures d’enduits, des défauts de pentes sur les réseaux extérieurs ou du fait d’un défaut de liaison entre maçonnerie et menuiserie.


14% concernent la sécurité d’utilisation


Loin derrière en matière de quantité de sinistres, mais tout de même en deuxième position, on retrouve les aspects sécurité qui progressent de 3% en 3 ans. Il s’agit de dysfonctionnements sur les équipements de type chauffage bois, poêle et chaudière à granulés. Cette progression significative est principalement due à un défaut d’information et de formation des installateurs sur ces produits.


10% sont des défauts de stabilité


Le défaut de stabilité accuse lui aussi une progression de 2%. Il concerne toutes les défaillances liées à la structure du bâtiment, mais aussi aux défauts de scellements, aux revêtements de sol et de façade. On retrouve dans cette catégorie les fondations spéciales, les murs de soubassement ou encore les charpentes.


9% concernent des sinistres divers


D’autres manifestations pathologiques peuvent concerner le défaut d’aspect d’ordre esthétique, ou un dysfonctionnement d’un équipement… Cette catégorie, qui accuse une baisse de 6% depuis 2016, est cependant plus concentrée sur les maisons individuelles et les locaux d’activité.


Autres pathologies


Enfin, d’autres pathologies telles que la condensation à l’intérieur des bâtiments, la sécurité incendie, le défaut d’isolation thermique, d’étanchéité à l’air ou acoustique, existent, mais ont un impact moindre sur les projets de construction.


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En somme, le milieu du bâtiment a un très fort intérêt à s’améliorer sur les pathologies de la construction qui sont pour l’essentiel dues à des difficultés de communication et d’organisation. Il est clair que la productivité des opérations immobilières s’en verrait nettement améliorée quand on a conscience du poids des garanties sur le coût global de chaque projet de construction. C’est par conséquent à ce stade de la réflexion qu’on peut aisément prendre conscience de la nécessaire valeur ajoutée de la digitalisation dans un processus aussi complexe. En effet, il est fort à parier que l’impact du BIM notamment sur la gestion des interfaces sera plus que probant.

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