LES INNOVATIONS DIGITALES DANS LE DOMAINE DU BTP

Où en est le bâtiment par rapport à la révolution numérique ?

Publié le
30
/
10
/
2018
par
Joyce Vautier

Le BTP a-t-il loupé le train de la révolution numérique ? Selon l’étude réalisée par Batiweb en partenariat avec Sage, 98 % des artisans du secteur possèdent au moins un équipement leur permettant d’accéder à Internet. Elle révèle en revanche que seuls 61 % des sondés se considèrent comme « connectés » et 83 % de ces professionnels s’en servent avant tout pour communiquer, 75 % pour réaliser des devis et 68% pour l’envoi de photos.

« Si l’entrepreneur du bâtiment est de plus en plus connecté, peut-on d’ores et déjà parler de transformation digitale des métiers du BTP ? Pas encore. En effet, si bon nombre des entreprises gagnent du temps avec les outils numériques, certaines peinent encore à s’y mettre », résume Régis Bourdot, directeur de la rédaction Batiweb.

Pointé du doigt pour son retard dans la révolution numérique, le BTP doit aujourd’hui composer avec de nouveaux outils digitaux pouvant servir à différentes échelles :

Minimiser l’impact de l’erreur humaine

Depuis plus de 10 ans, il est presque impossible de parler de digitalisation du BTP sans parler du BIM (Building Information Modeling). Cette innovation majeure est une maquette numérique d’une construction en 3D. Avec le BIM, une maquette 3D contient maintenant des données détaillées sur les matériaux et les caractéristiques de ceux-ci. Cela permet d’effectuer des analyses énergétiques, thermiques et acoustiques, des calculs structurels et des métrés précis, des détections d’anomalies dans les plans, des contrôles de respect des normes, de budget et autre.

Ce qui freine la progression de cet outil en France par rapport à d’autres pays européens est l’accès aux formations qui sont rares et coûteuses. Certaines écoles d’ingénieurs essayent cependant d’initier les futurs ingénieurs à cette nouvelle technologie.

La startup PlanGrid quant à elle propose un logiciel accessible sur tablettes et smartphones permettant aux différentes parties prenantes de changer les plans en temps réel. Ces plans numérisés permettent tout d’abord d’éviter l’erreur humaine grâce au partage des plans : du plan d’installation de chantier au détail du branchement des fils électriques et conduits de plomberie, puis, d’éviter l’impression et la redistribution à tous les acteurs des plans après chaque modification. En effet, durant la vie du projet, de nombreuses versions sortent pour tous ces plans. Il est ainsi possible pour les ouvriers de travailler avec une mauvaise version de plan si la nouvelle ne leur a pas été fournie.

Augmenter la productivité de travail

On parle de digitalisation des tâches. Certains logiciels proposent des outils collaboratifs aidant à la gestion globale d’un projet de BTP. Ceux-ci permettent aux ingénieurs, maîtres d'oeuvres et maîtres d’ouvrages d’enregistrer l’avancement du chantier. Ils ont accès aux détails des ressources humaines utilisées, le budget et les délais de chaque tâche ainsi que la gestion des matériaux. FinalCad, un des leaders mondiaux des applications mobiles de terrain, propose également des contrôles de qualité ainsi que des levées de réserves.

Le cloud est un outil essentiel afin de simplifier le partage et l’accessibilité des informations, cet outil permet aux conducteurs de travaux d’avoir accès à tous les documents et plans peu importe où ils se trouvent. AOS est un nouveau logiciel SaaS (accessible depuis internet directement), permettant de simplifier la phase d’Appel d’Offres. Il met à disposition des Donneurs d’Ordres un suivi de leurs projets et permet de relancer les entreprises sous-traitantes en 1 clic. Une analyse est faite afin de simplifier le choix des intervenants.

Diminuer les coûts de construction

Avec la digitalisation des chantiers, plus besoin de commander des pièces, les transporter, les stocker, prendre le risque de se tromper dans la commande ou de ne pas recevoir les pièces en temps voulu. L’imprimante 3D offre de véritables avantages concernant ces points, elle permet de scanner les pièces et les répliquer directement sur le chantier. Elle est avantageuse en termes de coût et de réactivité, mais également en ce qui concerne le montage, puisqu’à présent, des constructions entières peuvent être effectuées par des robots d’impression 3D. Une maison entière a été construite grâce à ça près de Moscou en mars 2017 en moins de 24 h par la start-up Apis Cor pour environ 10 000 euros. Même si l’impression 3D reste encore très expérimentale pour le moment, elle propose des coûts de construction défiant toute concurrence puisque le besoin de main d’œuvre est alors très réduit.

Améliorer la sécurité sur le chantier

Le BTP est à l’heure actuelle l’un des secteurs le plus à risque en termes d’activités d’après la CNAMTS (Caisse Nationale de l'Assurance Maladie des Travailleurs Salariés) qui recensait 92 000 accidents du travail en 2015 et près de 1 000 accidents mortels sur 5 ans. Même si les acteurs mettent tout en place pour encadrer la sécurité, la marge d’amélioration reste conséquente. BetterView, start-up américaine d’inspections de bâtiments propose de mettre en place des drones inspectant les chantiers communiquant une estimation des risques ainsi que des estimations chiffrées des dommages lors de sinistres.

Smart Helmet est un casque connecté créé par Daqri en partenariat avec Intel.Il permet d’assurer la sécurité de l’ouvrier en cas de chute, au même titre qu’un casque classique, mais possède également de nombreux capteurs permettant de détecter des malfaçons, des fuites, des circuits défectueux et des déperditions de chaleur. Il envoie automatiquement le traitement des données recueillies. Sa visière à réalité augmentée permet à l’ouvrier de faire des simulations comme pour un remplacement de pièces, visualiser une carte interactive du chantier, mais également recevoir et donner des consignes aux autres ouvriers dotés de ce casque.

Le prix de ce casque concentré de technologie s’élève à environ 30 fois le prix d’un casque de chantier classique. Cette solution ne peut donc pas être mise en place au court terme pour tous les ouvriers, mais le montant est amené à baisser dans les années à venir.

Préserver les ouvriers

Eiffage Infrastructures a expérimenté récemment un gant robotisé permettant d’amplifier la force naturelle des ouvrier. Originellement conçu pour les astronautes, il permet de multiplier la force de la main et donc réduire la fatigue des muscles et les risques d’accidents liés.

Bouygues Construction quant à eux, se sont lancés dans les formations sécurité en réalité virtuelle suite à une étude révélant que nous ne retenons que 10 à 20 % de ce que nous lisons contre 90 % de ce que nous vivons. Basées sur des retours d’expériences réalisées avec l’aide de Manpower. L’enjeu est de mettre en application les formations théoriques de sécurité sur le chantier : simulation de chute d’objet, d’incendie, absence de barrière de sécurité et autres. Les ouvriers vivent des accidents graves afin d’être sensibilisés davantage aux règles de sécurité et aux bons gestes à adopter en cas de situations à risque.

De nombreux efforts restent donc à faire, le BTP étant un des domaines les plus en retard vis-à-vis de la transformation digitale. L’avancée digitale dans ce domaine est majoritairement freinée par le fait que les acteurs de la construction n’ont pas forcément le réflexe d’utiliser les nouvelles technologies dans leurs métiers. De plus, ils doivent être formés à ces nouveaux outils et leur accès est restreint et encore très coûteux. De même, le pas à franchir est grand et représente un coût élevé à court terme. Les sociétés importantes comme Eiffage ou Bouygues n’hésitent pas à franchir ce pas et sont à l’origine de nouveaux projets qui feront la différence pour les chantiers de demain.